Publié le 19.05.2020

Covid-19 : La distanciation physique et sociale face au danger, un acte contraire à nos réflexes

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Comment réagissons-nous en situation de danger ? Dans le cas d’une ‘menace généralisée’, la crainte est que les comportements individualistes, le chacun pour soi, prennent le dessus. Or, des scientifiques du Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (LAPSCO, Université Clermont Auvergne – CNRS) à Clermont-Ferrand rappellent que l’affiliation (être associé à un groupe) et la recherche de contacts sociaux sont notre propension la plus fondamentale lorsque nous nous sentons menacés. De ce fait, en temps de pandémie, cette compulsion affiliative pourrait rendre les mesures de distanciation physique d’autant plus difficiles à respecter. Cette étude fait l’objet d’une publication dans la revue Current Biology le 18 mai 2020.

Un comportement réflexe individualiste en temps de crise ?

Alors que le confinement se trouve prolongé dans de nombreux pays, et que les mesures de distanciation physique se font de plus en plus importantes, les médias fournissent régulièrement des images des rayons vides des supermarchés, et des parcs remplis de gens qui prennent des bains de soleil. Réagissons-nous avec trop de peur et d'égoïsme ? Ou bien sommes-nous trop prompts à ignorer le danger ?
Une équipe de recherche interdisciplinaire dirigée par le professeur Ophelia Deroy (University of London ; Ludwig Maximilian University, Munich) et composée de Chris Frith (University of London ; University College London) et Guillaume Dezecache (LAPSCO, Université Clermont Auvergne - CNRS) offrent un aperçu de nos comportements en temps de pandémie, alors que les pays du monde entier se trouvent confrontés à la plus grande crise depuis la Seconde Guerre mondiale.
 

Plutôt l’inverse : le besoin des autres, d’où la difficile acceptation de la distanciation

Les auteurs de l’étude suggèrent que les représentations sont trompeuses. Le problème principal n’est ni l’égoïsme face aux possibles pénuries, ni la non-réalisation du danger. Mais plutôt, que la recherche du lien social et du contact physique constitue un besoin fondamental pour l’organisme. Ce n’est pas un ‘plus’ mais une réelle nécessité. Ce besoin se trouve renforcé en situation de danger et rend la distanciation physique plus difficile à accepter.
Ils s’appuient ainsi sur de nombreux travaux (dont certains réalisés après les attentats du 13/11/2015), qui montrent que la recherche du contact physique et la prosocialité (plutôt que les comportements asociaux voire antisociaux) sont majoritaires en situation de danger mortel.

Les auteurs soulignent également que les mesures de distanciation physique pourraient être encore plus difficiles à établir dans des populations au sein desquelles les liens familiaux sont ressentis comme constitutifs de l’individu, et pour lesquelles le contact social s’avère d’autant plus important à garantir.
Par ailleurs, ils mettent l’accent sur la nécessité de l’accès à internet et autres moyens de communication dont la privation rend la population concernée plus vulnérable.
Cette étude, au-delà de mettre en évidence la grande difficulté pour l’être humain de respecter une distanciation physique face à la pandémie, soulève deux questions fondamentales pour le futur : quels seront les effets de cette utilisation massive d’internet dans notre vie sociale et comment vont réagir notre cerveau et notre corps sans la proximité physique ?

 

Cette étude a fait l’objet d’une publication dans la revue Current Biology : Guillaume Dezecache, Chris D. Frith, Ophelia Deroy, Pandemics and the great evolutionary mismatch, Current Biology, Volume 30, Issue 10, 2020, Pages R417-R419, ISSN 0960-9822,
https://doi.org/10.1016/j.cub.2020.04.010.
(http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0960982220304905 )

En savoir plus
LAPSCO : https://www.lapsco.fr/spip.php

 

Source

Lire le CP CNRS/Université Clermont-Auvergne publié le 19/05/2020