Publié le 24.03.2021

Covid-19 : la natalité en danger ?

Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19 : démographie. Après une baisse de 7% en décembre 2020 par rapport à décembre 2019, la natalité accuse une nouvelle chute en janvier 2021, de 13% par rapport à janvier 2020. Une cause directe de la première vague de Covid-19 à laquelle s’intéresse Didier Breton, spécialiste de la fécondité et chercheur au sein de l’unité mixte de recherche Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe.

Précarité étudiante, fragilité des personnes âgées… La Covid-19 a un effet grossissant sur beaucoup de phénomènes. La natalité n’échappe pas à la règle. « Quand la crise est arrivée, les couples étant confinés ensembles, nous aurions pu croire que les naissances allaient augmenter. C’était un peu une blague entre démographes : plus de séparations et divorces avant l’été et plus de naissance après Noël. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit », raconte Didier Breton, spécialiste du domaine, qui coordonne chaque année la rédaction d’un article sur l’état de la population française pour l’Institut nationale d’études démographiques (Ined).

Première étape pour le chercheur : recueillir les données. « En raison d’abord de la durée de la grossesse et ensuite du temps nécessaire au recueil et la vérification des données d’état civil, il faut attendre près d’un an avant de mesurer les effets réels de la crise sur le nombre des naissances. » Pour accélérer la cadence, Didier Breton s’est penché dès janvier 2021 sur les déclarations de grossesses enregistrées à trois mois dans les Caisses d’allocations familiales du Grand Est. Une technique déjà testée par ses soins en 2007 lors de la crise du chikungunya à La Réunion.

« La crise sanitaire est doublée d’une crise économique »

Le démographe évoque une crise inédite qui va selon lui s’inscrire dans la durée. « Trois conditions sont souvent un préalable à un projet d’enfant : une stabilité matérielle, émotionnelle et sanitaire. De même que le chikungunya en 2007, la grippe asiatique dans les années 50 ou celle dite de Hong-Kong avaient entrainé une baisse de la natalité sur quelques mois avec ensuite une reprise. Avec la Covid-19, la crise sanitaire est doublée d’une crise économique. » A l’instabilité sanitaire s’ajoute celle matérielle mais aussi émotionnelle entraînant des séparations. Sans oublier des retards dans les projets de cohabitation des jeunes couples,en raison des différents confinements. 

Le phénomène n’est pas propre à la France et s’observe dans quasiment tous les pays. En Italie, où la natalité est déjà très basse, avec un peu plus de 400 000 naissances chaque année pour un pays de 60 millions d’habitants, les conséquences risquent d’être plus importantes que dans l'Hexagone « où nous disposons d’un « coussin » avec près de 750 000 naissances par an, pour 67 millions d’habitants. » Depuis 2014, même si le nombre de naissances a diminué de 80 000, avec en moyenne un peu plus de 1,8 enfant par femme, la France demeure une exception européenne en matière de fécondité. « Il sera intéressant de voir si la Covid-19 aura un effet d’accélérateur dans la baisse continue de ces dernières années, qui ramènerait la France au niveau des autres pays de l’Union », conclut Didier Breton.

 

Source

Lire l'article publié le 24/03/2021 sur le site de l'université de Strasbourg.