Publié le 22.06.2021

Covid-19 : « Le Pérou a très vite été dépassé par l’ampleur de l’épidémie »

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Regards croisés de chercheurs sur la Covid-19 : sciences politiques. Spécialiste des politiques économiques au Pérou, Arthur Morenas, chercheur au sein de l’unité mixte de recherche Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (Sage) s’est intéressé aux réformes sociales et notamment au système de santé du pays durant la pandémie.

Comment le gouvernement péruvien a-t'il réagit face à la pandémie ?

 

Le Pérou a été un des premiers pays d’Amérique latine à prendre des mesures de confinement parmi les plus strictes du secteur. Une semaine après la détection des premiers cas, il y a eu une fermeture des frontières très rapide. Mais le pays a très vite été dépassé par l’ampleur de l’épidémie avec une mortalité très élevée. Le confinement au niveau national a duré 3,5 mois avec un couvre-feu instauré à partir de 18h. Au début, les sorties étaient autorisées via une alternance hommes, femmes mais ça n’a duré que deux semaines car c’est une société très patriarcale et le jour de leur sortie les femmes avaient tendance à se retrouver toutes au marché.

 

Quelles étaient les réformes en cours au niveau de la santé avant la crise ?

 

Le système de santé est très fragmenté et l’assurance de la sécurité sociale couvre seulement 25% de la population, celle qui travaille dans le secteur formel et peut cotiser. Dans les années 2000, une assurance intégrale de santé (SIS) a été mise en place. Au départ destinée aux plus pauvres, elle a été élargie et concernait 40% de la population en 2016. Avant la pandémie, le président, Martín Vizcarra, avait annoncé l’universalisation du SIS,  pour que tout le monde puisse avoir une couverture de santé minimum. Cela avait alors généré des critiques et luttes internes, car le Pérou est un pays très conservateur sur le plan budgétaire.

 

La pandémie a-t-elle agi comme un accélérateur des réformes en cours ?

 

Le Pérou est un des pays du monde qui investit le moins dans son système de santé. La pandémie a mis en lumière le fait qu’il y avait un sous financement du système de santé et a montré qu’il fallait unifier les systèmes existants. Aujourd’hui, la sécurité sociale dépend du ministère du travail, elle permet principalement un accès à de grands hôpitaux, situés à Lima ou dans les grandes villes, mais bien moins à des centres de soins locaux. A l’inverse, le SIS dépend du ministère de la santé et est articulé en grande partie autour de centres locaux, moins dotés en nombre de médecins, de matériel et de médicaments. Tout cela pose des problèmes de prise en charge. Dans le cadre du protocole de soin Covid n’importe quel affilié pouvait se faire soigner dans les hôpitaux publics. La crise a également pointé des problèmes au niveau des systèmes de santé privés/publics : le nombre de tests publics étant restreints, les cliniques privées ont vendu de leur côté des tests très chers, non remboursés et peu fiables. La question de l’oxygène s’est également posée avec des spéculations sur les prix, multipliés par 10. Certaines familles ont dû s’endetter et hypothéquer leur maison pour avoir accès à des lits dans des cliniques privées.

 

Et maintenant ?

 

Au Pérou, il n’y a pas de mécanisme d’assurance chômage, une première mesure pour mitiger l’impact social du confinement a été de permettre aux personnes qui ont des fonds de pension privés de les retirer. Problème, cela n’a pas été possible dans le système public, qui fonctionne par répartition. La question générale du système d’assurance retraite avec d’un côté un système privé dont de nombreux assurés ont dû retirer leurs fonds et le public, qui octroie des pensions de retraite très faibles, est une question qui dépendra beaucoup du prochain gouvernement. Pédro Castillo, le nouveau président de gauche tout juste élu le 6 juin 2021, devrait approfondir les réformes qui étaient en cours avant la crise dont celle sur la couverture de santé, même si pour le moment des incertitudes demeurent.

 

Source

Lire l'article publié le 22/06/2021 sur le site de l'université de Strasbourg.