27.05.2020

 

Covid-19 : un nouveau programme de recherche franco-québécois

Sommaire

Deux équipes de recherche lyonnaise et québécoise, spécialisées dans le domaine des infections virales respiratoires, renforcent leur partenariat historique en s’engageant dans un programme de recherche international pour lutter contre le Covid-19.

Les équipes du Dr Guy Boivin du Centre de recherche en infectiologie de Québec (Université Laval) et du Dr Manuel Rosa-Calatrava du laboratoire VirPath du Centre international de recherche en infectiologie (CIRI – INSERM / CNRS / ENS de Lyon / Université Claude Bernard, Lyon 1) s’unissent pour lutter contre le COVID-19. Spécialisés dans l’étude des virus respiratoires émergents et ré-émergents et dotés de laboratoire de sécurité biologique de niveau 3 (BSL-3), les deux équipes sont associées dans un programme international de recherche qui vise à identifier et repositionner des médicaments déjà sur le marché pour de nouvelles indications thérapeutiques antivirales contre le SARS-CoV-2.

 

Une recherche intégrée pour lutter contre Covid-19

Basé sur des approches complémentaires de modélisation moléculaire et de caractérisation de signatures virogénomiques, les deux équipes ont mis en place un programme de recherche ambitieux qui s’appuie sur une plateforme commune de criblage et d’évaluation de molécules dans différents modèles précliniques in vitroex-vivo humain et in vivo d’infection par le SARS-CoV-2. Les deux équipes ont bénéficié de plusieurs financements académiques et institutionnels des Instituts de Recherche en santé du Canada (IRSC), du Fonds de la Recherche du Québec en Santé, de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), de la Région Auvergne Rhône-Alpes, ainsi que de l’Institut Mérieux (Mérieux Research Grant).

Ce programme de recherche a été mis en place très rapidement grâce au savoir-faire des deux laboratoires qui mènent en partenariat une recherche intégrée fondamentale, clinique et technologique depuis de nombreuses années. Grâce à leurs laboratoires BSL-3 et leurs équipements de recherche, les équipes ont ainsi pu isoler différentes souches cliniques du virus SRAS-CoV-2 à partir d’échantillons de patients, les amplifier, les caractériser par séquençage et en constituer des banques virales de travail. Des protocoles de quantification virale par biologie moléculaire et par titrage infectieux ont également été mis en place et validés. Plusieurs modèles précliniques d’infection in vitroex-vivo et in vivo ont été développés et caractérisés, permettant ainsi l’évaluation de plusieurs molécules candidates au repositionnement contre le COVID-19.

 

Le repositionnement de médicament : une stratégie commune de longue date

Les deux équipes ont très tôt criblé leur chimiothèque privilégiée de médicaments déjà repositionnés contre plusieurs virus respiratoires, dont le MERS-CoV. Deux molécules se sont avérées prometteuses contre le SARS-CoV-2 en modèle ex-vivo d’épithélium respiratoire humain reconstitué, dont le diltiazem notamment, un inhibiteur calcique anti-hypertenseur usuel, déjà repositionné contre la grippe pour ses propriétés, jusqu’alors inconnue, stimulatrices de la réponse immunitaire innée épithéliale. Les deux équipes souhaitent désormais tester ce médicament chez les patients hospitalisés, en le combinant avec le Remdesivir pour en potentialiser l’effet antiviral. Quant à la deuxième molécule, les chercheurs finalisent actuellement leurs travaux et publieront prochainement leurs résultats. D’autres médicaments candidats au repositionnement sont en cours de sélection dans le cadre du programme international de recherche mis en place.

Cette synergie entre les deux laboratoires découle de leur partenariat historique basé sur des échanges de chercheurs et d’étudiants en thèse. Depuis 2012, les deux équipes ont publié en commun 12 articles scientifiques dans des journaux internationaux à comité de lecture et déposé 7 familles de brevets internationaux dans les domaines des antiviraux et du vaccin. Leur stratégie de repositionnement de médicaments a permis d’identifier plusieurs nouveaux antiviraux contre les virus influenza, les pneumovirus et les coronavirus. Un essai clinique de phase 2 (FLUNEXT) est notamment en cours depuis 3 hivers et vise l’évaluation du diltiazem en combinaison avec de l’oseltamivir pour son repositionnement comme inhibiteur viral dans la prise en charge des patients souffrant de grippe sévère en réanimation. Dans cette dynamique et avec l’objectif de pousuivre le développement clinique des molécules de leur portefeuille de brevet, le Pr Guy Boivin et le Dr Manuel Rosa-Calatrava ont co-fondé en 2017 avec leurs collègues Signia Therapeuticsune startup qui a été lauréate du concours d’innovation ilab du ministère français de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation et du prestigieux label d’excellence de la commission Européenne. Signia Therapeutics poursuit activement son développement grâce à un premier refinancement réussi en décembre 2019 et la préparation d’une nouvelle levée de fonds pour fin 2020.

 

A propos du laboratoire VirPath

Le laboratoire de recherche académique VirPath est une équipe du Centre international de recherche en infectiologie (CIRI; INSERM / CNRS / ENS de Lyon / Université Claude Bernard Lyon 1). Cette équipe, dirigée par le Pr Bruno Lina et le Dr Manuel Rosa-Calatrava, est un laboratoire associé à l’OMS et héberge le Centre National de Référence des virus respiratoires. VirPath mène une recherche intégrée fondamentale, clinique et technologique qui vise à mieux comprendre les interactions fonctionnelles des virus respiratoires pathogènes (influenza, HVRS, HMPV, CoV…) avec les cellules de l’hôte dans le but de développer de nouvelles solutions prophylactiques et thérapeutiques et ainsi contribuer à une meilleure anticipation et un meilleur contrôle de l’émergence et la réémergence de virus respiratoires épidémiques et/ou pandémiques.

Depuis 2010 dans le cadre de collaborations nationales (Institut Pasteur Paris, CIIL, CEA Leti, HCL, CHU Lille…) et internationales (A Start, Singapour ; Université Laval, Québec ; Mc Gill University, Montréal ; NIMR, Londres, CHU Québec…), le laboratoire VirPath a publié près de 350 articles et revues scientifiques et cliniques dans des journaux internationaux à comité de lecture. VirPath est coordinateur ou partenaire dans de nombreux projets collaboratifs académiques nationaux et internationaux (IMI2, IMI, EU FP7, H2020, ANR, IDEX…) ou industriels (FUI, ANR labcom…) labélisés par plusieurs pôles de compétitivité nationaux et internationaux. VirPath est un laboratoire qui mène une politique volontariste de valorisation de la recherche académique par le transfert technologique vers la clinique et l’industrie. Cette politique s’est traduite depuis 2010 par la mise en place de 4 essais cliniques de phase 2 (évaluation d’antiviraux), la constitution d’un portefeuille de 17 familles de brevets et la création d’une plateforme de recherche technologique (VriNext), d’une société de service spécialisée dans la désinfection microbiologique (VirHealth) et de deux startup (Signia Therapeutics et Vaxxel), toutes deux lauréates du concours i-lab en 2017 et 2019 et labélisées FrenchTech en 2019. 

 

A propos du laboratoire du Dr Guy Boivin

Le Dr Guy Boivin est directeur du groupe de virologie moléculaire et humaine au sein du Centre de Recherche en Infectiologie (CRI) du CHU de Québec-Université Laval. En tant que titulaire de la chaire de recherche du Canada sur l’influenza et les virus respiratoires, il est à la tête d’une équipe de 16 personnes (professionnels de recherche et étudiants gradués). Le Dr Boivin est aussi le directeur du tout nouveau laboratoire de niveau de confinement 3 de la ville de Québec dédié à des études in vitro et chez des petits animaux. Depuis 1994, il a publié avec son équipe 348 manuscrits scientifiques et il est co-inventeur de 10 brevets internationaux; de plus, son équipe s’est vu octroyée plus de $ 40 millions CDN en subventions gouvernementales et en contrats privés. Dans le cadre de la pandémie due au nouveau coronavirus SARS-CoV-2, son groupe a obtenu une subvention de près de 1 million CDN pour la découverte de nouveaux antiviraux issus du repositionnement thérapeutique et du design d’inhibiteurs de la polymérase virale par modélisation 3D. Le Dr Boivin est membre de l’académie canadienne des sciences de la santé depuis 2018. Il est également co-fondateur des startup Signia Therapeutics et de Vaxxel.

 

Source

Lire l'article publié le 27/05/2020 sur le site de l’Université Claude Bernard Lyon 1