Publié le 29.04.2020

Covid-19 : Une crise qui révèle le besoin de transformer les systèmes alimentaires

L’épidémie de Covid-19, au-delà de son impact sur les systèmes de santé, affecte l’ensemble du système alimentaire, ont alerté plusieurs organisations (UE, FAO, OCHA, UNICEF, USAID, PAM, FIDA, Banque mondiale) le 21 avril* avec un risque accru d’insécurité alimentaire. Un panel de 27 experts de l’IPES-Food, dont Nicolas Bricas du Cirad fait partie, dresse une analyse des symptômes, causes et solutions potentielles en réponse à cette crise. Ils en appellent à une « transformation des systèmes alimentaires porteuse de résilience à tous les niveaux »

 

« Nos systèmes alimentaires se trouvent sur le fil du rasoir depuis des décennies » alerte l’International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (IPES-Food). Selon ce comité d’experts, la pandémie actuelle révèle les fragilités et les inégalités d’un système à bout de souffle.

« La pandémie trouve son origine dans une surexploitation de la nature qui favorise la destruction des habitats, l’émergence et la propagation de virus », soutient Nicolas Bricas, chercheur au Cirad et membre de ce panel. Elle menace des centaines de millions de personnes vulnérables travaillant dans l’agriculture, la transformation et le commerce alimentaires, elles aussi surexploitées depuis des années pour rester compétitives et assurer une alimentation à bas coût », précise-t-il. « La pandémie tue majoritairement les personnes obèses, déjà victimes d’un marché inondé de produits trop sucrés, gras et salés. Elle perturbe un système fonctionnant à flux tendus qui risque de s’enrayer et créer des pénuries ».
 

Les quatre recommandations d’IPES-Food

Face à la crise et pour assurer une transition vers des systèmes alimentaires plus résilients et durables, l’IPES-Food établit 4 recommandations.
 

Agir immédiatement pour protéger les plus vulnérable

820 millions de personnes souffraient de sous-alimentation avant l’épidémie**, et 2 milliards de personnes étaient déjà touchées par l'insécurité alimentaire. Il s’agit donc d’éviter les risques de famines, et que plusieurs millions de personnes basculent sous le seuil de pauvreté à cause de l’arrêt ou du ralentissement des activités économiques. L’IPES-Food rappelle les mesures soutenues par les Nations Unies et la FAO, telles que « les transferts d'argent ou les plans d'allègement de dette individuel pour les familles les plus vulnérables ». Le panel souligne également l’importance des banques alimentaires et des fournisseurs de repas communautaires.
 

Créer des systèmes alimentaires agroécologiques résilients

« Passer de l'agriculture industrielle à des systèmes agroécologiques diversifiés est plus urgent que jamais », assurent les experts. L’agroécologie concilie les dimensions économiques, environnementales et sociales et repose sur une approche territoriale. Les résultats des systèmes agroécologiques ont été reconnus par la FAO, le GIEC, l’IPBES ou encore la Banque Mondiale. « L’agroécologie renforce la résilience en combinant diverses plantes et différents animaux et exploite les synergies naturelles, et non les produits chimiques de synthèse, pour régénérer les sols, fertiliser les cultures et combattre les nuisibles », indique l’IPES-Food. Ce type de système permet aux cultures et aux élevages de mieux résister aux changements climatiques ou aux maladies, tout en garantissant un rendement satisfaisant.
 

Rééquilibrer le pouvoir économique pour le bien public : un nouveau pacte entre l'état et la société

« D'énormes lacunes dans la gouvernance se sont fait jour, tout d'abord s'agissant des investissements insuffisants dans la santé publique, mais aussi dans la sécurité alimentaire », constatent les experts. Ils en appellent à une gouvernance à plusieurs niveaux, tenant compte des acteurs de la société civile. En outre, ils se positionnent contre les intérêts à court ou moyen terme, en assurant que seule « la pensée systémique à long terme permettra de surmonter de nouvelles crises ».
 

Réformer la gouvernance des systèmes alimentaires internationaux

Enfin, l’IPES-Food souhaite une meilleure discussion globale de ces enjeux, notamment grâce à un organe des Nations Unies : le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA). Il s’agit, selon le panel, d’un « forum unique en son genre apportant une réponse mondiale coordonnée aux problèmes du système alimentaire, échangeant avec les gouvernements et leur demandant des comptes ». Selon le panel, « cette crise est l'occasion de repenser le Sommet de 2021 sur les systèmes alimentaires et de le recentrer sur la résilience et l'agroécologie, en s'appuyant sur un débat démocratique au sein du CSA ».

A travers ces recommandations, l’IPES-Food espère une transformation de nos systèmes alimentaires.

 

Lire le communiqué complet de l’IPES-Food

IPES-Food est un panel réunissant 27 experts de différentes disciplines : agronomes, spécialistes de l’environnement, nutritionnistes, sociologues, politistes, économistes du développement et professionnels d’ONG et de mouvements sociaux. IPES-Food est coprésidé par Olivier De Schutter, ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation et nouveau Rapporteur spécial des Nations Unies pour l’extrême pauvreté et le droits humains, et Olivia Yambi, nutritionniste et ancienne représentante de l’UNICEF au Kenya.

 

A PROPOS DU CIRAD

Le Cirad est l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes. Avec ses partenaires, il est convaincu du rôle central que doit jouer l’agriculture dans les grandes transitions pour assurer un avenir soutenable à tous les pays du Sud. Produire et partager des connaissances nouvelles, contribuer aux processus d'innovation, renforcer les capacités et les compétences des acteurs de ces pays pour accompagner leur développement durable, sont les moteurs de l’accomplissement de ses missions. Ses activités portent en particulier sur les problématiques de la biodiversité, de la transition agroécologique, du changement climatique, de la santé (des plantes, des animaux et des écosystèmes), du développement des territoires ruraux et des systèmes alimentaires. Présent sur tous les continents dans une cinquantaine de pays, le Cirad mobilise les compétences de ses 1650 salariés, dont 800 chercheurs, et s’appuie sur un réseau mondial de partenaires.

 

Source

Lire l'article publié le 29/04/2020 sur le site du Cirad