13.01.2021

FAQ : vaccins

Sommaire

Qu’est-ce qu’un vaccin ?

Les vaccins constituent le traitement préventif les plus indiqués pour les maladies virales. Ils permettent d’acquérir l’immunité contre le virus. Si 70% de la population est vaccinée (immunisée), les personnes fragiles qui ne peuvent pas être vaccinées ou chez lesquelles la vaccination est moins efficace sont mécaniquement protégées par l’immunité du groupe.

Le principe des vaccins contre la Covid-19 est de permettre au système immunitaire de déclencher une réponse immune spécifique contre le SARS-CoV-2 et de le neutraliser avant qu’il n’ait le temps de développer la maladie Covid-19 (ou d’en atténuer les conséquences). La majorité des vaccins en développement ciblent la protéine Spike du virus (aussi appelée protéine spicule ou protéine S). Cette protéine est située à la surface de l’enveloppe du SARS-CoV-2 et lui permet de se fixer à un récepteur cellulaire puis de pénétrer dans les cellules : son rôle dans l’infection est donc central. Diverses études ont montré que déclencher des anticorps contre cette protéine permettait de protéger contre l’infection : elle est donc la cible de la plupart des vaccins développés en 2020.

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Quelles sont les étapes de la fabrication d’un vaccin ?

Décrire la maladie et en identifier l’origine

La première étape consiste en des travaux de recherche ayant pour objet de caractériser l’agent pathogène, les mécanismes qui concourent à l’infection et à la mise en place de la défense immunitaire. Au cours de cette étape, les chercheurs identifient les régions du pathogène permettant l’induction d’une réponse immunitaire neutralisante et celles qui pourraient présenter des effets toxiques.
 

Déterminer le type de vaccin qui offrira la meilleure immunité

La seconde étape consiste à produire des candidats vaccins et à évaluer leur efficacité à l’aide de modèles animaux représentatifs de l’infection. Le candidat vaccin présentant les meilleures caractéristiques protectrices sera ensuite produit et formulé avec des méthodes de fabrication contrôlées pour une utilisation chez l’homme. Cette étape permettra la libération de lots de vaccins et les études de stabilité de ceux-ci (la libération lot par lot d’un vaccin permet de garantir sa sécurité et son efficacité). Le vaccin sera ensuite évalué chez l’animal pour évaluer son innocuité, la qualité de la réponse immunitaire et l’efficacité protectrice.
 

Tester cliniquement le vaccin

Vient enfin l’étape du développement clinique, elle-même divisée en quatre phases :

- phase 1 : des études préliminaires portant sur l’innocuité du vaccin et son aptitude à induire la réponse immunitaire sont effectuées sur un petit nombre de volontaires sains (environ 20/30 personnes) ;
- phase 2 : l’efficacité, la sécurité et la dose administrée nécessaire sont testés sur un nombre plus grand d’individus (au moins 100 personnes) dont la tolérance au vaccin est étroitement surveillée ;
- phase 3 : un essai d’efficacité en situation réelle est réalisé à grande échelle (plusieurs milliers de volontaires) ;
- phase 4 : des études post-commercialisation sont initiées tandis que le vaccin est déjà disponible sur le marché. A ce stade, la sécurité et les effets secondaires liés au vaccin sont surveillés de près et de manière continue.

 

Les 3 étapes majeures qui jalonnent la fabrication d’un vaccin

L’essentiel sur les vaccins

 

Quels sont les composants d'un vaccin ?

Les vaccins contiennent de minuscules fragments de l'organisme à l’origine de la maladie ou les schémas de fabrication de ces minuscules fragments. Ils contiennent également d'autres composants qui garantissent l'innocuité et l'efficacité du vaccin. Ces derniers sont présents dans la plupart des vaccins et sont utilisés depuis des décennies dans des milliards de doses de vaccins.
Chaque composant d'un vaccin a une fonction précise, et chaque composant est testé au cours du processus de fabrication. Tous les composants sont testés pour garantir leur innocuité.

 

Antigène

Tous les vaccins contiennent un composant actif (l'antigène) qui déclenche une réponse immunitaire, ou le schéma de fabrication du composant actif. L'antigène peut être une petite partie de l'organisme à l’origine de la maladie, comme une protéine ou un sucre, ou il peut s'agir de l'organisme entier sous une forme atténuée ou inactive.

Crédit : Organisation mondiale de la santé

Conservateurs

Les conservateurs empêchent la contamination du vaccin une fois le flacon ouvert, si celui-ci est destiné à la vaccination de plusieurs personnes. Certains vaccins ne contiennent pas de conservateurs car ils sont stockés dans des flacons à dose unique et sont éliminés après l'administration de la dose unique. Le conservateur le plus couramment utilisé est le 2-phénoxyéthanol. Il est utilisé depuis de nombreuses années dans un certain nombre de vaccins, entre dans la composition de toute une gamme de produits de soins pour nourrissons et ne présente aucun danger lorsqu’i est utilisé dans les vaccins, car il est peu toxique pour l'homme.

 

Stabilisateurs

Les stabilisateurs empêchent les réactions chimiques de se produire à l'intérieur du vaccin et empêchent les composants du vaccin de se fixer sur le flacon de vaccin. Les stabilisateurs peuvent être des sucres (lactose, saccharose), des acides aminés (glycine), de la gélatine et des protéines (albumine humaine recombinante, dérivée de la levure).

Source : Organisation mondiale de la santé

 

Quelles sont les techniques utilisées pour un vaccin anti-Covid-19 ?

L’idée du vaccin est d’inoculer le pathogène sous une forme totalement inoffensive, qui ne risque pas de déclencher la maladie contre laquelle il prétend nous défendre.

 

Plusieurs techniques sont possibles, des techniques éprouvées comme l’utilisation du virus entier rendu inoffensif, aux techniques plus récentes comme les vaccins à ADN ou ARN. Toutes ces pistes sont actuellement exploitées dans la recherche d’un vaccin contre la Covid-19.
 

Le virus entier, atténué ou inactivé

La première technique, utilisée depuis que la vaccination existe, consiste à présenter le virus entier au système immunitaire, ce qui suppose de le cultiver en très grande quantité. C’est la voie suivie notamment par plusieurs laboratoires chinois pour la mise au point d’un vaccin anti-Covid. Pour s’assurer que le vaccin sera sans danger pour le corps, on peut soit présenter le virus sous une forme inactivée (tuée), après l’avoir préalablement chauffé ou passé au formol – c’est la technique de Pasteur –, soit le présenter sous une forme atténuée. Dans ce second cas, le virus est toujours vivant mais a perdu sa dangerosité. De nombreux vaccins ont été développés sur ce modèle (rubéole, fièvre jaune, rougeole…).

Dans le cas d’un virus inactivé, le virus est mort et a perdu le pouvoir de se répliquer dans l’organisme, il faut généralement faire des rappels pour qu’il soit efficace.

Dans le cas du virus atténué, le virus est vivant et a gardé sa capacité à se multiplier dans l’organisme, une seule injection suffit en général.

Inconvénient des vaccins utilisant des virus entiers : il existe un risque statistique, impossible à éliminer totalement, qu’une infime proportion de particules virales gardent leur capacité à infecter l’individu. Autre inconvénient, propre aux vaccins inactivés (tués) : celui d’altérer la conformation (la forme) de la protéine S, ce qui pourrait rendre le vaccin moins efficace.

 

Un morceau de virus

Deuxième possibilité : au lieu de présenter le virus entier au système immunitaire, on se concentre sur l’antigène qui provoque la réponse immunitaire. Aucun risque de développer la maladie, dans ce cas. L’idée est de faire produire la protéine Spike en usine par des lignées cellulaires de mammifères et de l’introduire dans l’organisme en association avec un adjuvant qui donnera le signal d’alerte au système immunitaire. Seule, une protéine, même s’il s’agit d’une protéine virale, ne sera pas considérée comme dangereuse par le corps qui en produit lui-même des milliards. 

L’association adjuvant-antigène, au contraire, est immédiatement reconnue comme un corps étranger : les macrophages, la première ligne de défense du système immunitaire qui patrouille en permanence dans le corps, vont le « manger » et identifier « S » comme une protéine exogène. La production d’anticorps est alors lancée. Les vaccins contre l’hépatite B et le papillomavirus sont fabriqués suivant cette technique, choisie par le laboratoire Sanofi (allié pour l’occasion au laboratoire GlaxoSmithKline) pour son vaccin anti-Covid.
 

Les vaccins à ADN/ARN

Puisqu’il est établi que le rôle de la protéine Spike, protéine en forme de « pique » du coronavirus, est crucial dans le déclenchement de la réponse immunitaire neutralisante de la Covid-19, pourquoi ne pas la faire produire directement par le corps humain, en introduisant dans nos cellules la séquence génétique qui code pour la fabrication de cette protéine virale ? Cela évite d’injecter des particules de Covid-19 entières dans le corps ou d’utiliser des adjuvants.

Problème, l’ADN ou l’ARN sont dégradés par nos enzymes à peine entrés dans l’organisme. Pour s’assurer que le code de la protéine Spike arrive intact jusqu’à l’intérieur de nos cellules, il lui faut un véhicule capable de l’y transporter : or quoi de mieux qu’un virus pour faire le travail ?

Deux possibilités s'offrent aux scientifiques :

  • soit fabriquer une enveloppe totalement artificielle composée de molécules mimant les lipides et les protéines, qui aura tous les attributs d’un virus sans en être un. C’est l’option prise par le laboratoire Pfizer allié à BioNTech, ou encore par l’entreprise de biotechnologie Moderna Therapeutics.
  • soit utiliser un virus bien réel, mais inoffensif pour nous.

Plusieurs vaccins à ADN/ARN - dont un contre le virus Ebola - sont arrivés en phase 3 chez l'homme ces dernières années, mais aucun n’a encore été déployé en médecine humaine.

En savoir plus sur le site du CNRS.

 

Quels types de vaccins contre la Covid-19 ?

  • Les vaccins classiques, basés sur l’utilisation d’un virus entier et inactivé, ici le SARS-CoV-2 (plusieurs vaccins développés par des consortiums chinois utilisent cette stratégie), ou basés sur l’utilisation d’une partie seulement du virus (le plus souvent une protéine, ici la protéine S) (ex : vaccins de Novavax et de Sanofi-GSK), associé à un adjuvant de l’immunité.
     
  • Les vaccins à acide nucléique (ARN, ADN) : utilisation d’acide nucléique « pur » (ADN ou ARN), c’est à dire la séquence génétique d’une protéine-cible : ici la protéine S (ex : vaccins à ARN développés par Moderna et par Pfizer, et vaccins à ADN) ; 
     
  • Les vaccins utilisant un vecteur viral : utilisation d’un vecteur viral dans le génome duquel on a inséré le gène de la protéine-cible, ici la protéine S du SARS-CoV-2 (ex : vaccins développés par l’Université d’Oxford-AstraZeneca, Johnson & Johnson/Janssen, les vaccins de Merck-Institut Pasteur, le vaccin Spoutnik V de Gamaleya développé en Russie, le vaccin de CanSinoBio développé en Chine …).

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Que signifie ARN et ARN messager ?

L'ARN (acide ribonucléique) est un acide nucléique présent chez pratiquement tous les êtres vivants, et aussi chez certains virus. L'ARN est très proche chimiquement de l'ADN et il est en général synthétisé dans les cellules à partir d'une matrice d'ADN dont il est une copie. Les cellules utilisent en particulier l'ARN comme un support intermédiaire des gènes pour synthétiser les protéines dont elles ont besoin. L'ARN peut remplir de nombreuses autres fonctions et en particulier intervenir dans des réactions chimiques du métabolisme cellulaire. Chimiquement, l'ARN est un polymère linéaire constitué d'un enchaînement de nucléotides. Chaque nucléotide contient un groupe phosphate, un sucre (le ribose) et une base nucléique, ou base azotée. Les nucléotides sont liés les uns aux autres par des liaisons phosphodiester.

ARN messager (pour acide ribonucléique messager) : lorsqu’une cellule a besoin d’une protéine, le plan de fabrication de cette dernière est "photocopié" – les scientifiques disent que son gène est transcrit. La copie ainsi générée – un ARN messager – est ensuite exportée hors du noyau et rejoint les ribosomes où elle permet la synthèse de la protéine demandée. Très instable et fragile, cette copie est ensuite rapidement détruite.

 

Comment fonctionnent les vaccins à ARN ?

L’information génétique (les gènes) est codée par l’ADN de 46 chromosomes contenus dans le noyau de nos cellules. L’ADN est "transcrit" en ARN messager (ARNm), qui quitte le noyau et rejoint le cytoplasme, pour être « traduit » en protéine par le ribosome.

Lors de l’injection dans un muscle (en général le deltoïde, dans l’épaule) d’un vaccin à ARNm, l’ARNm vaccinal pénètre dans les cellules du muscle et sont traduits dans le cytoplasme en protéines (ici la protéine S). La protéine S ainsi produite est ensuite exprimée à la surface cellulaire, puis va être prise en charge par les cellules présentatrice d’antigènes.

Cette expression et cette présentation vont déclencher la production d’anticorps neutralisants par les lymphocytes B, une réponse lymphocytaire T cytotoxique (permettant de détruire les cellules infectées par le SARS COv2), et la génération de lymphocytes T mémoire.

En cas de rencontre ultérieure avec le coronavirus, ces cellules pourront reconnaître et combattre efficacement le SARS-CoV-2 avant qu’il ne développe une infection.

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 Comment expliquer la rapidité d'élaboration des vaccins anti-Covid-19 ?

Les facteurs suivants – associés à la vitesse de circulation du virus dans la population qui a permis d’obtenir plus rapidement des résultats d’efficacité lors des essais cliniques – contribuent à expliquer le délai de mise au point extraordinairement court des vaccins anti-covid.

  • L’immunité contre les coronavirus avait beaucoup été étudiée à l’occasion des alertes précédentes (SARS-CoV en Asie en 2003 /MERS-CoV en Arabie Saoudite en 2012) :
    On savait donc qu’il était généralement suffisant de déclencher une réponse contre la protéine S pour obtenir une protection. Pour le SARS-CoV-2, la séquence de la protéine S a été rendue publique par les scientifiques chinois dès janvier 2020. La production d’ARN correspondant à cette séquence a pu se faire quasiment immédiatement, et beaucoup plus rapidement que la production de protéines ou la culture de virus. Les essais rapidement menés chez l’animal ont confirmé qu’il était assez simple de déclencher une réponse immunitaire efficace contre le SARS-CoV-2. Cela contraste avec le fait que, par exemple, il est très difficile d’obtenir une réponse efficace contre l’agent du paludisme, et qu’on ne parvient toujours pas à élaborer un vaccin contre le VIH, malgré des décennies de recherche.
     
  • Les plateformes vaccinales* avaient été largement étudiées :
    Avant l'arrivée de la pandémie de Covid-19, les plateformes de vaccination de type acide nucléique (ADN, ARN) avaient déjà été étudiées contre le virus Zika, le virus de la rage et le VIH, mais aussi contre les coronavirus SARS-CoV-1 et MERS-CoV sur des modèles animaux et dans des essais cliniques de phase 1 et 2. Ce sont donc des années de travail gagnées sur l’élaboration d’un vaccin contre le SARS-CoV-2. Elles avaient été identifiées comme des approches particulièrement intéressantes en cas de maladie infectieuse émergente car elles permettent de construire très rapidement le candidat vaccin après identification de l’agent infectieux en cause.
    *Plateforme vaccinale signifie technologie vaccinale, c’est-à-dire le type de vaccin
     
  • Les essais cliniques, qui évaluent l’innocuité et l’efficacité des candidats vaccins, sont incompressibles. Dans le cadre de la pandémie, les phases de tests ont été menées en parallèle afin de gagner du temps et les différentes étapes se sont très rapidement succédées.
     
  • Par ailleurs, sans être dégradés, les processus de vérification des vaccins ont été considérablement accélérés. Comme la FDA, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a créé des procédures pour évaluer rapidement les vaccins en développement sans pour autant déroger à la rigueur scientifique. Par exemple, la “rolling review” consiste à analyser les données fournies par les laboratoires toutes les deux semaines, permettant de réduire la durée du processus.
Quelle que soit l'approche vaccinale, les vaccins ne sont autorisés que lorsque les autorités indépendantes confirment leur qualité, leur sécurité et leur efficacité.
  • Par ailleurs, une force de frappe jamais égalée a été déployée en réponse à la pandémie de Covid-19 : la mobilisation des équipes de recherche et des Etats et la création de partenariats public-privé ont facilité et accéléré le développement, la fabrication (anticipation du développement industriel) et la distribution des vaccins. Le programme interinstitutionnel américain "Warp Speed" ("la vitesse de l'éclair") a par exemple permis le financement de plusieurs entreprises pour le développement de plusieurs vaccins basés sur les nouvelles technologies. Autre exemple, « COVAX » est la partie « vaccins » d’une collaboration mondiale visant à accélérer la mise au point et la production de produits de diagnostic, de traitements et de vaccins contre la Covid-19 et à en assurer un accès équitable.
     
  • Enfin, jamais les fonds attribués à ce type de recherche vaccinale n’avaient été aussi élevés, ce qui a permis aux chercheurs de mener des essais cliniques rapidement et efficacement.

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Où en sont les vaccins développés par les laboratoires français ?

Le candidat vaccin de Sanofi

Sanofi développe un candidat vaccin à protéine recombinante en partenariat avec le Britannique GSK (pour l’adjuvant).

Les résultats de l’essai clinique de phase 1/2, dévoilés le 11 décembre, indiquent que les résultats sont positifs chez les adultes âgés de 18 à 49 ans mais que la réponse immunitaire observée chez les adultes plus âgés n'est pas assez élevée en raison d'une concentration insuffisante d'antigène.

Une nouvelle étude avec une formulation d’antigène améliorée, doit débuter en février. La phase 3 débutera au deuxième trimestre 2021.  La mise à disposition potentielle du vaccin est prévue fin 2021.

Par ailleurs, Sanofi travaille sur un projet de vaccin à ARN, en partenariat avec la start-up américaine Translate Bio : début des essais de phase 1/2 au premier trimestre 2021.

Vaccin à protéine recombinante : L’idée est de faire produire la protéine Spike en usine et de l’introduire dans l’organisme en association avec un adjuvant qui donnera le signal d’alerte au système immunitaire [une protéine seule, même s’il s’agit d’une protéine virale, ne sera pas considérée comme dangereuse par le corps qui en produit lui-même des milliards. Il faut donc la signaler au système immunitaire]. L’association adjuvant-antigène est immédiatement reconnue comme un corps étranger : les macrophages, la première ligne de défense du système immunitaire qui patrouille en permanence dans le corps, vont le « manger » et identifier « S » comme une protéine exogène. La production d’anticorps est alors lancée. Les vaccins contre l’hépatite B et le papillomavirus sont fabriqués suivant cette technique.
Qu’est-ce qu’un adjuvant ? C’est un produit utilisé pour son pouvoir immunogène, c’est-à-dire sa capacité à provoquer la réaction du système immunitaire inné de l’organisme. Une fois repéré, le produit adjuvant est reconnu comme un intrus. Il va alors attirer l’attention des défenses immunitaires et amplifier leur action, permettant au vaccin de conférer une meilleure protection.

 

Le candidat vaccin de l'Institut Pasteur

Il s’appuie sur le vaccin de la rougeole (il s’agit d’un vaccin à virus vivant atténué, le virus utilisé comme véhicule étant celui du vaccin contre la rougeole). Un essai clinique de phase I a débuté en août 2020. Les résultats définitifs de l’essai sont attendus courant 2021.
 

Le vecteur rougeole, une technologie prometteuse
Cette « plateforme rougeole » a été choisie contre le nouveau coronavirus SARS-CoV-2 car, en 2003, un précédent candidat vaccin contre le coronavirus SARS-CoV-1, également conçu par les chercheurs de l’Institut Pasteur, basé sur ce même vecteur rougeole, était arrivé au stade de développement clinique, son efficacité avait été démontrée sur un modèle animal. Cependant, son développement n’a pas été poursuivi car l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), causée à l’époque par le virus SARS-CoV-1, s’était éteinte.

Cette même méthodologie, utilisant le vecteur rougeole a également été utilisée pour le développement d’autres vaccins. Un candidat vaccin contre le chikungunya est actuellement en essai clinique de phase 3 (les résultats des phases 1 et 2 ayant été publiées dans le Lancet) et des vaccins contre les infections par le virus Lassa, Zika et MERS sont aussi en développement.

 

 

Comment conférer une immunité ?

Deux méthodes sont à l’étude :

  • Le développement de vaccins préventifs

La recherche clinique est très active dans ce domaine avec une quarantaine de vaccins en phase d’études cliniques et près de 150 en développement préclinique. Parmi les différents candidats vaccins, certains utilisent des approches classiques (virus vivant atténué), mais des techniques plus originales sont envisagées comme la vaccination par administration d’un virus modifié génétiquement pour comporter des gènes spécifiques du SARS-CoV-2, ou par administration d’un ARN codant pour une partie du virus. La recherche clinique avance vite et plusieurs candidats vaccins ont prouvé qu’ils permettaient la production d’anticorps spécifiques chez les personnes vaccinées. Les données d’études de phase 3 seront déterminantes car elles permettront de savoir si les anticorps développés ont des propriétés et un taux suffisant pour neutraliser le virus et éviter le développement de la maladie en cas d’infection.

Il est possible que les données de phase 3 soient disponibles avant la fin de l’année 2020 et que les premières doses vaccinales soient produites en milieu d’année 2021.

  • La mise au point d’anticorps thérapeutiques

L’administration directe aux malades d’anticorps ciblant le SARS-CoV-2 (immunothérapie passive) a été utilisée dès les premiers mois de l’épidémie, à titre compassionnel, en administrant aux plus sévèrement atteints les anticorps produits naturellement par des patients guéris de la maladie. À ce jour, les conclusions des différentes études cliniques sont contrastées, mais suggèrent que cette approche pourrait être plus volontiers pertinente chez les patients immunodéprimés.

Par ailleurs, plusieurs laboratoires développent des anticorps monoclonaux spécifiques, produits à partir de cellules immunitaires modifiées par génie génétique pour réagir contre l’un des antigènesantigènes du virus. Cette approche pourrait réduire le risque d’aggravation de la maladie. Des essais cliniques sont en cours.

En savoir plus sur le site de l’ Inserm.

C’est quoi la protéine Spike ?

La surface du virus SRAS-CoV-2 est recouverte d’une protéine Spike (aussi appelée protéine spicule ou protéine S), qui lui donne l’aspect caractéristique en forme de couronne. C’est elle qui permet au coronavirus de pénétrer dans les cellules humaines en se liant à un récepteur présent à la surface des cellules humaines, en particulier celles du poumon, le récepteur ACE2 (Angiotensin-Converting Enzyme 2). Après cette fixation, un autre récepteur membranaire présent à la surface des cellules hôtes, le récepteur TMPRSS2 (transmembrane protease serine 2) transforme la protéine S, permettant au virus d’entrer dans la cellule.

 

Devra-t-on se faire vacciner tous les ans comme pour la grippe ?

Il est possible que la Covid-19 devienne une maladie à recrudescence saisonnière comme la grippe, ce qui pourrait justifier l’obtention d’une immunité à long terme.

Si le vaccin ne protège pas plus d’une année ou que le virus acquiert sur plusieurs années des mutations lui permettant de ne plus être reconnu par une personne qui a déjà fait une Covid ou qui a été vaccinée (comme le virus de la grippe), il sera nécessaire de se vacciner régulièrement avec un vaccin adapté aux nouveaux variants qui pourraient circuler. Cependant, aucune mutation détectée à ce jour (29 décembre 2020) n’a affecté la protéine S au point d’altérer la capacité du corps humain à reconnaître le coronavirus.

Quelles sont les différences entre les vaccins Pfizer et Moderna ?

Les deux vaccins anti-Covid-19 arrivés sur le marché, issus des laboratoires américains Pfizer et Moderna, sont des vaccins à ARN messager visant la protéine Spike située à la surface du Sars-CoV-2.

Il s’agit d’injecter une séquence génétique inoffensive qui sera utilisée comme une notice d’assemblage pour la fabrication de cette protéine virale par les cellules.

Le spicule (spike) ainsi créé sera reconnu et mémorisé par le système immunitaire comme étranger et dangereux en cas de contact ultérieur avec le virus.

  • Les deux vaccins sont identiques en terme d’efficacité : 94,1 % des formes symptomatiques évitées avec le vaccin Moderna et 95 % pour celui de Pfizer.
  • Moderna affiche 90,9 % d’efficacité chez les personnes à risques de forme grave (diabétiques, malades chroniques pulmonaires, obèses...), contre 95 % pour Pfizer.
  • Principale différence : les conditions de conservation. Le vaccin Pfizer doit être conservé à - 80°C et ne peut être gardé que 5 jours dans un réfrigérateur. Alors que le vaccin Moderna est conservable en longue durée à - 20°C dans un congélateur classique et peut rester 30 jours au réfrigérateur.

Quelles sont les étapes des essais cliniques ?

  • La première phase clinique, menée sur quelques dizaines de volontaires, permet de s’assurer que le vaccin est sûr et n’entraîne pas d’effets secondaires sévères.
  • La deuxième phase clinique, conduite sur un échantillon plus large (environ 200 personnes), permet de vérifier que les personnes vaccinées produisent bien les anticorps recherchés pour lutter contre la maladie.
  • La troisième phase clinique, menée généralement sur 30 000 à 50 000 personnes au minimum (soit plusieurs années d'observation, en temps normal), fait la preuve de l’efficacité du vaccin sur le terrain, grâce à un système de tests en double aveugle.

Vu l’urgence de la situation sanitaire, des autorisations dérogatoires de mise sur le marché pourraient être accordées au vaccin qui obtient de bons résultats alors que la phase 3 est toujours en cours.

En savoir plus sur le site du CNRS.

 

Le vaccin contre le coronavirus va-t-il modifier l’ADN humain ?

NON. Plusieurs vaccins candidats différents sont en cours d’essais cliniques dans le monde, mais aucun d’entre eux ne modifie l’ADN humain.

De nouvelles techniques sont utilisées pour développer de nouveaux vaccins à base d’ARN messager. Les vaccins à base d’ARNm ne contiennent pas d’agents pathogènes modifiés. Il s’agit d’injecter des brins d’ARNm qui portent une "recette" de protéine virale, cette "formule" est ensuite exprimée temporairement par nos cellules elles-mêmes. Au lieu de fabriquer le virus ou la protéine virale en laboratoire pour ensuite l’injecter, et induire une réaction immunitaire, l’ARNm permet de faire faire le travail directement aux cellules humaines.

Les vaccins à ARNm sont-ils susceptibles de modifier notre génome ?

Comme les vaccins traditionnels, les vaccins à ARN ou à ADN visent à confronter le système immunitaire à un « leurre » pour le pousser à développer des anticorps contre le virus.

Il s’agit de faire produire les fragments d’agents infectieux directement par les cellules de l’individu vacciné. Pour cela, ce n’est pas le virus dans sa forme atténuée qui est injecté mais seulement des molécules d’ADN ou d’ARN codant pour des protéines de l’agent pathogène.

Les cellules de la personne vaccinée localisées au niveau du site d’injection (principalement les cellules musculaires et les cellules du système immunitaire) sont alors en mesure de fabriquer elles-mêmes lesdites protéines, choisies en amont pour leur capacité à déclencher une réponse immunitaire significative et protective.

Les ARN messagers ne pénètrent pas dans le noyau qui contient l’ADN des cellules humaines. De plus, ils sont beaucoup plus fragiles que l’ADN. C’est pourquoi un vaccin à ARNm nécessite d’être congelé. Il aura une vie dans la cellule extrêmement courte et va se dégrader très rapidement, tout en ayant eu le temps de générer une quantité suffisante de protéines adjuvantées pour stimuler le système immunitaire.

IMPORTANT : l’ARN injecté via le vaccin n’a aucun risque de transformer notre génome ou d’être transmis à notre descendance dans la mesure où, comme mentionné plus haut, il ne pénètre pas dans le noyau des cellules. Or, c’est dans ce noyau cellulaire que se situe notre matériel génétique.

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Les vaccins contre la pneumonie protègent-ils contre le nouveau coronavirus ?

NON. Les vaccins contre la pneumonie tels que le vaccin antipneumococcique et le vaccin anti-Haemophilus influenza type B (Hib) ne confèrent pas de protection contre le nouveau coronavirus. Le virus est si nouveau et différent qu’il nécessite un vaccin qui lui est propre.

Les volontaires recrutés dans les essais cliniques sont-ils délibérément exposés au SARS-CoV-2 ?

NON.  Les participants recrutés pour les grands essais cliniques vaccinaux menés en France dans le cadre de la plateforme Covireivac ne seront pas exposés de façon délibérée au virus. Pour savoir si un candidat vaccin est efficace, il faudra attendre que ces individus rencontrent le SARS-CoV-2 « naturellement » au cours de leurs activités quotidiennes pour ensuite comparer la proportion de personnes infectées dans le groupe recevant le vaccin vs dans le groupe recevant une substance non active (ou placebo).

Lire sur Inserm.fr

Pourquoi utiliser des « nanoparticules » pour véhiculer les ARN messagers vaccinaux ?

L’ARNm vaccinal ne peut pas être injecté sous une forme « nue » car elle serait immédiatement dégradée, avant même de pénétrer dans une cellule.

Pour lui permettre d’entrer dans le cytoplasme, l’ARNm doit être protégé au sein d’une enveloppe lipidique, dont la taille est inférieure à 0,1 µm, d’où le préfixe « nano ». Cependant, il ne s'agit pas de nanoparticules telles qu'elles ont pu être évoquées en science-fiction (nano-robots par exemple). La membrane de nos cellules est composée du même type de molécules.

Une fois injectées, les nanoparticules peuvent fusionner avec la membrane de la cellule, et ainsi libérer l’ARNm pour qu’il puisse être traduit en protéine antigénique, qui va permettre de déclencher une réaction immunitaire.

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Quel recul a-t-on sur la technologie des vaccins à acide nucléique ?

Il n'existait jusqu’à aujourd’hui aucun vaccin à ARN messager (ARNm) homologué. Cependant, les chercheurs y travaillent depuis plus de 20 ans. Cette technologie a fait l’objet d’améliorations continues, qui ont largement contribué à sa sûreté. Des vaccins à ARNm ont été testés chez l’être humain contre le virus Zika, les virus de la grippe et de la rage, et le cytomégalovirus, avec de l’ordre de 600 participants inclus dans ces essais.

C’est également le cas pour les vaccins à ADN qui ont montré des résultats prometteurs chez l’animal et dont les essais cliniques, chez l’humain, avaient déjà commencé avant le développement des vaccins à ADN contre le SARS-CoV-2. Quatre vaccins à ADN ont par ailleurs reçu les autorisations règlementaires nécessaires à leur exploitation commerciale pour protéger plusieurs espèces animales contre des maladies virales ou traiter le mélanome du chien.

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Quels sont les effets secondaires les plus fréquents des vaccins à ARNm ?

La grande majorité des effets secondaires observés lors des essais cliniques se manifestent le lendemain de la vaccination et durent habituellement moins de 3 jours. Ils sont classiques et relativement attendus et fréquents : rougeur au point d’injection, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, frissons ou fièvre. C’est ce que l’on appelle la « réactogénicité ». Les effets généraux sont plus fréquents après la 2e dose de vaccin et chez les personnes plus jeunes. Ils sont le plus souvent légers à modérés et durent en moyenne 2 à 3 jours.

A noter que les effets secondaires sérieux, connus, s’avèrent par ailleurs apparaître dans les minutes suivant l’injection et peuvent donc être pris en charge immédiatement. Il s’agit du choc anaphylactique ou de l’œdème de Quincke, dont la fréquence est de l’ordre de 1 pour 10 millions de doses de vaccin. On les retrouve pour un grand nombre de médicaments et sont heureusement rarissimes.

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Qu’est-ce qu’un vaccin « à acide nucléique » ?

Le composant principal des vaccins à base d’acide nucléique est :

  • de l’ADN (acide désoxyribonucléique)
  • ou de l’ARN (acide ribonucléique) messager (ARNm).

La molécule d’ADN ou d’ARNm code pour une protéine virale qui va être produite par nos cellules. La séquence d’ADN ou d’ARNm est synthétisée en laboratoire (et non extraite directement d’un virus). Elle est choisie car elle code pour la protéine d’intérêt et parce qu’une réponse immunitaire déclenchée contre cette protéine permet de protéger contre l’infection. Pour le vaccin SARSCoV-2, il s’agit de la protéine S.

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Comment accélère-t-on le processus de recherche-développement sans compromettre l’innocuité ?

Dans le passé, la mise au point de vaccins, qui comprend plusieurs étapes, a parfois pris plusieurs années. Aujourd’hui, compte tenu de l’urgence de mettre au point un vaccin contre la Covid-19, les investissements financiers et la collaboration scientifique sans précédent modifient la façon dont les vaccins sont mis au point.

Cela signifie que certaines des étapes du processus de recherche-développement se déroulent en parallèle, sans que l’on renonce pour autant à appliquer des normes cliniques et d’innocuité strictes. Par exemple, certains essais cliniques portent sur plusieurs vaccins en même temps et les études n’en sont pas moins rigoureuses.

Pour plus d’informations sur la mise au point de vaccins contre la COVID-19, cliquer ici.

En savoir plus sur le site de l’Organisation mondiale de la santé
 

Un vaccin efficace à 90% est-il dangereux pour 10% des gens ?

NON. Un vaccin efficace à 90% signifie que le risque d’être infecté par le virus après un contact à risque est divisé par 10. Être vacciné ne peut en aucun cas aggraver la maladie. Les vaccins ne procurent que rarement une protection à 100%, pour la grippe par exemple on considère que l’efficacité est selon les années de 60 à 70%.