Publié le 17.05.2021

La crise sanitaire impacte la santé mentale des enfants, vraiment ?

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Faut-il se fier aux discours portant sur une dégradation brutale de la santé mentale des enfants depuis le début de l’épidémie ? Et comment évaluer l’ampleur réelle de phénomènes psychologiques qui peuvent être parfois difficile à quantifier ? Canal Détox se penche sur cette problématique importante.

Le 19 Novembre 2020, lors de son point presse hebdomadaire, Olivier Véran déclarait que « la santé mentale des français s’est significativement dégradée ». Parmi les français, 22% ont entre 0 et 19 ans selon les données de l’Ined.

Une épidémie comme celle de la Covid-19 chamboule le quotidien des enfants et des adolescents qui voient leurs habitudes perturbées d’une part par le confinement et la fermeture des écoles, d’autre part par le stress ainsi que les difficultés professionnelles et financières des adultes qui les encadrent. Si un grand nombre d’adultes consulte pour des raisons psychologiques depuis le début de l’épidémie, les enfants n’expriment pas toujours leur mal-être. Alors faut-il se fier aux discours portant sur une dégradation brutale de la santé mentale des enfants depuis le début de l’épidémie ? Et comment évaluer l’ampleur réelle de phénomènes psychologiques qui peuvent être parfois difficiles à quantifier ? Canal Détox se penche sur cette problématique importante.

 

Développement des troubles socio-émotionnels 

Les interactions sociales sont primordiales à tout âge pour le développement émotionnel de l’enfant.  En ce sens, l’isolement généré par les confinements successifs pourrait avoir des impacts à long terme sur le développement des plus jeunes, et pourrait notamment entraîner des troubles socio-émotionnels (liés aux compétences socio-émotionnelles).

Les compétences socio-émotionnelles désignent les savoirs-être qui peuvent être acquis et enseignés dès l’enfance. Parmi elles on trouve l’estime de soi, l’empathie, le respect de l’autre, la capacité à aider autrui…. Elles seraient garantes du bien-être individuel et social de l’individu.

 

Par ailleurs, la crise sanitaire peut être synonyme de maladie chez les proches de l’enfant, de stress et d’anxiété chez les parents, ou de difficultés financières au sein de la famille, qui peuvent également influer sur leur état psychique.

Des chercheurs de l’Inserm et de l’Ined ont ainsi révélé que 13% des enfants de 8 à 9 ans ont été concernés par des troubles socio-émotionnels pendant le confinement. Par ailleurs, 22% d’entre eux ont rencontré des troubles du sommeil. Des données complétées par une étude récente menée cette fois-ci en Chine qui montre que les trois principaux symptômes qui se sont manifestés pendant l’épidémie chez les enfants  scolarisés dans le primaire et dans le secondaire étaient l’anxiété, la dépression et le stress. Là où ces troubles se manifestent chez l’adulte par de la négativité ou de l’apathie, cela se traduit chez l’enfant par de l’hyperactivité et un déficit de l’attentionUne étude sur la cohorte TEMPO mise en place par l’Inserm  a justement confirmé cette tendance, montrant que 24,7% des enfants issus d’un échantillon de 432 ménages présentaient des symptômes d’hyperactivité et d’inattention pendant le premier confinement.

 

Identifier les facteurs de risque

On peut néanmoins souligner qu’en 2018, 12,5% des enfants et adolescents étaient déjà en souffrance psychique en France, d’après le réseau européen des Défenseurs des enfants. Cela nous invite à relativiser la place de l’épidémie dans le développement des troubles socio-émotionnels. Il faut prendre en compte non seulement les comportements préexistants à l’épidémie, mais aussi la diversité des réactions individuelles.

Qu’est-ce qui fait qu’un enfant peut être davantage prédisposé à développer des troubles socio- émotionnels durant l’épidémie ?

Il existerait d’abord des prédispositions liées au genre. Des données suggèrent notamment que les garçons sont plus concernés par des troubles comportementaux comme l’hyperactivité, mais cela se traduit davantage chez les filles par des troubles du sommeil.

Ensuite, les enfants de familles monoparentales sont eux aussi plus susceptibles de connaître des niveaux élevés de troubles psychologiques. En effet, les enfants en situation de garde alternée vivent aussi bien le confinement que ceux dont les parents sont encore en ménage ; tandis que les enfants qui ne voient qu’un seul parent présentent davantage de troubles socio- émotionnels. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on aurait tendance à croire, un enfant unique ne présente pas plus de difficultés qu’un enfant vivant dans une fratrie. On retient donc surtout l’importance du soutien des deux parents dans l’expérience du confinement et de l’épidémie.

Paradoxalement, les conditions de travail des parents (télétravail, hybride ou présentiel) ont peu d’impact sur la santé mentale de leurs enfants. C’est en réalité le milieu social qui va jouer un rôle déterminant. La qualité du sommeil des enfants était détériorée de plus de 50% dans les groupes socioéconomiques les moins favorisés, et l’étude s’appuyant sur la cohorte TEMPO confirme que les troubles socio-émotionnels se manifestent davantage lorsque les revenus de la famille sont en baisse. L’impact des faibles revenus sur la santé mentale des enfants avait déjà été établi avant l’épidémie : une étude publiée en 2013  avait en effet souligné que les enfants et adolescents issus de milieux familiaux aux faibles revenus étaient deux à trois fois plus susceptibles de développer des troubles de la santé mentale.

Enfin, la souffrance psychologique des parents est un facteur à ne pas négliger.  Dès l’âge de deux ans, les enfants sont sensibles aux changements de comportements des personnes qui les entourent. Lorsque ces changements sont inexpliqués, cela peut générer une forte anxiété. Il est donc nécessaire de repérer les parents en souffrance afin de les accompagner au mieux dans leur parentalité durant cette période.

 

Adolescents et jeunes adultes : un penchant pour les comportements addictifs ?

L’âge n’est pas en soi un facteur de risque, mais il influe sur la manière dont les troubles psychologiques se manifestent. D’un point de vue global, une autre étude en collaboration avec l’Inserm  estime que le niveau de stress psychologique est ressenti de façon beaucoup plus aigüe par les jeunes adultes.  Des données de recherche préliminaire collectées par de l’Université de Carleton (Canada) au cours de l’année 2020 ont  aussi observé chez les étudiants une augmentation de l’usage de cannabis, avec à un impact négatif sur les résultats scolaires.

Chez les jeunes adultes, le genre est encore un facteur à prendre en compte dans la manifestation de troubles psychologiques. Toujours selon les travaux de l’Université de Carleton, les femmes déclarent plus largement que les hommes souffrir de l’isolement social et d’une baisse de leur résultats scolaires.  

 

L’épidémie et les confinements semblent avoir accentué les troubles socio-émotionnels chez les enfants. La question qui se pose aujourd’hui, et qui constitue l’enjeu de la recherche de demain, est de savoir si ceux-ci vont perdurer lorsque le contexte s’améliorera, et quel sera leur impact sur le long terme.

Comment parler avec les enfants pour les aider à surmonter cette période ?

 

A l’échelle intra familiale, il a été montré que discuter avec l’enfant sur des sujets graves tels que les conséquences de la maladie aurait un impact bénéfique sur son développement psychologique, non seulement au cours de l’épidémie mais aussi sur le long terme. En revanche, selon une étude pour The Lancet publiée en mars 2020,  le parent doit absolument prendre en compte l’âge de l’enfant lorsqu’il lui fournit des explications sur la maladie et ses conséquences. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre la minimisation du problème et un surplus d’informations anxiogènes.   

 

Source

Lire l'article publié le 17/05/2021 sur le site de l'Inserm.