Publié le 10.02.2021

Le Sars-cov2 circulait probablement en France dès novembre 2019

A partir de l’analyse rétrospective d’échantillons de sérum de plus de 9000 adultes collectés dans le cadre de la cohorte Constances[1], une étude menée par des chercheurs de l’Inserm en lien avec l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Sorbonne Université et l’IRD, a identifié un test positif aux anticorps anti-SARS-CoV-2 chez 353 participants parmi lesquels 13 ont été prélevés entre novembre 2019 et janvier 2020 et ont été confirmés par des tests d’anticorps neutralisants. Les enquêtes menées auprès de 11 de ces participants ont révélé l’existence de symptômes pouvant être liés à une infection par le virus responsable de la Covid-19 ou à des situations à risque d’exposition potentielle au SARS- CoV-2 dès novembre 2019. Ces données publiées dans European Journal of Epidemiology suggèrent une circulation précoce du virus en Europe.

Dès le début de la pandémie, tous les chercheurs se sont mobilisés pour bien comprendre ce nouveau virus à l’origine de la Covid-19. Parmi les outils à leur disposition figurait la possibilité d’exploiter les données issues de grandes cohortes de santé. C’est ainsi que, grâce au recueil régulier d’échantillons chez les volontaires de la cohorte Constances depuis 2012, les chercheurs ont pu étudier, rétrospectivement, le statut sérologique des anticorps anti-SARS-CoV-2 chez les participants de la cohorte.

Pour cela, ils ont sélectionné l’ensemble des 9144 échantillons de sérum collectés entre le 4 novembre 2019 et le 16 mars 2020 chez les participants vivant dans les 12 régions de France métropolitaine. Une analyse sérologique a été effectuée à l’aide d’un test Elisa pour détecter les anticorps anti-SARS-CoV-2 (IgG). Ces échantillons ont ensuite fait l’objet d’un test de micro-neutralisation interne pour détecter les anticorps dits neutralisants. Enfin, les participants dont les deux tests étaient positifs avant le 1er février 2020 ont été interrogés afin d’identifier une exposition potentielle à l’infection par SARS-CoV2. Un enquêteur formé a recueilli des informations standardisées sur les détails cliniques (chez le participant et ses proches), les antécédents d’exposition possible (notamment les antécédents de voyage en Asie), et tout événement remarquable chez les contacts étroits (par exemple, une pneumonie inexpliquée).

Résultats : des anticorps anti SARS-CoV2 ont été détectés chez 353 participants (3,9%). La proportion de participants positifs étant passée de 1,9% en novembre et 1,3% en décembre à 5,0% en janvier, 5,2% en février et 6,7% dans la première moitié de mars. Des anticorps neutralisants ont été détectés chez 44 participants dont 13 participants avaient été échantillonnés entre le 5 novembre 2019 et le 30 janvier 2020. 11 ont fait l’objet d’une enquête plus poussée dont six n’ont signalé aucun symptôme au cours des semaines précédant le prélèvement de l’échantillon. Cinq participants ont en revanche présenté des signes de maladies respiratoires virales, et huit ont été en contact étroit avec des personnes qui présentaient de tels signes ou ont signalé des situations à risque d’exposition potentielle au SARS-CoV-2.

Ce rapport suggère que la circulation du virus et l’infection par le SARS-CoV-2 pourraient avoir eu lieu dès novembre 2019 en France. Il confirme également l’intérêt du suivi de grandes cohortes en population générale pour répondre à des questions de recherche telles que celles survenant lors d’une crise sanitaire d’une telle ampleur.

 

Note :

  1. CONSTANCES est la plus large cohorte française en population générale existante à ce jour. Elle est composée d’un échantillon national représentatif de 215 000 adultes âgés de 18 à 69 ans au moment de l’inclusion. L’inclusion a débuté en 2012, et des échantillons de sérum sont régulièrement collectés lors du suivi des participants pour de futures analyses et stockés dans une biobanque centralisée.

 

Source

Lire l'article publié le 10/02/2021 sur le site de l'Inserm.