Publié le 26.02.2021

 

Les fermes laitières biologiques, plus résilientes face à la crise sanitaire

Sommaire

Une équipe de chercheurs de l’unité Agroécologie, Innovations, Territoires (AGIR) travaillant sur la résilience des exploitations agricoles au centre INRAE Occitanie-Toulouse s’est intéressée aux impacts de la pandémie de Covid-19 sur les fermes et filières françaises de lait de vache biologique. Leur étude, publiée dans la revue Agricultural Systems le 3 février 2021, analyse les caractéristiques des fermes et filières qui ont permis une bonne résilience face à la crise sanitaire.

Les exploitations agroécologiques plus résilientes

La récente pandémie de Covid-19 a mis en lumière la nécessité de transformer nos systèmes agricoles et alimentaires pour aller vers plus d’autonomie et de résilience. Maladies infectieuses causées par des bactéries, virus, parasites ou champignons sont plus fréquents et difficiles à prévoir pour les agriculteurs et les acteurs des filières. Pour se prémunir contre ces risques émergents, de nombreux scientifiques suggèrent d’orienter les systèmes agricoles et alimentaires vers des modèles agroécologiques.

Une équipe de chercheurs du centre INRAE Occitanie-Toulouse s’est intéressée à la résilience des fermes et filières françaises de lait de vache biologique pendant la pandémie de Covid-19, très peu impactées par la crise.

Pour quelles raisons ces fermes laitières biologiques ont-elles été résilientes ?

En combinant enquêtes en ligne auprès des agriculteurs, entretiens semi-directifs avec des acteurs des filières et examen de données d’InterBIOccitanie et du Centre National Interprofessionnel de l'Economie Laitière (CNIEL), l’équipe de recherche a identifié plusieurs caractéristiques responsables de la résilience de ces fermes et filières.

Echelle familiale & autonomie alimentaire

Sur les 86 exploitations ayant répondu à l’enquête, 38 agriculteurs n’ont signalé aucun impact de la crise et 43 autres ont subi des impacts mineurs sur des aspects tels que leur revenu. Très peu ont été affectés par les problèmes de disponibilité des travailleurs.

La plupart (70%) des fermes de bovins laitiers biologiques ayant participé à l’étude sont des exploitations familiales (deux travailleurs à temps plein en moyenne selon l'enquête sectorielle) qui s'appuient sur des ressources humaines internes et gèrent moins de 100 ha et 100 vaches. Elles sont intégrées dans des réseaux d’acteurs locaux (associations, groupes d’agriculteurs, coopératives, etc.).

La grande majorité de ces fermes étaient autonomes pour l’alimentation du bétail et dépendaient principalement des prairies (38% des fermes de l’enquête en ligne ne cultivaient pas du tout de maïs fourrager, alors que pour 59% de ces fermes, le maïs représentait moins de 5% de la superficie agricole utilisée). Ainsi aucun éleveur n’a signalé de pénuries d'approvisionnement en aliments pour le bétail ou autre type d’intrants ni des impacts connexes sur le fonctionnement technique de la ferme et sa productivité.

La résilience a été permise par plusieurs facteurs, notamment l'autonomie des fermes et l'autorégulation par le collectif, lequel est favorisé par la connectivité entre acteurs et leurs interdépendances locales.

Réorganisation des filières

En faisant preuve d'agilité et de flexibilité pour se réorganiser rapidement et à moindres coûts, les filières ont quant à elle continué à produire des quantités suffisantes de produits laitiers pour répondre à la demande des consommateurs. Elles ont réduit la gamme des produits fabriqués, se concentrant sur des produits de base, les plus demandés : lait, crème, beurre et yaourt nature. Face à l'absence de chauffeurs pour collecter le lait, certaines laiteries ont même embauché des chauffeurs retraités pour assurer la continuité de la collecte. 

Ces résultats montrent que le choix des modèles agroécologiques tels que l’agriculture biologique, ici pour la production laitière, est pertinent pour assurer la résilience des systèmes agricoles et alimentaires face à des chocs tels que la pandémie de Covid-19. En s'adaptant aux impacts de la crise, les éleveurs et les acteurs des filières ont continué à produire de manière responsable, conformément aux normes biologiques, et ont fourni aux consommateurs une quantité suffisante de produits laitiers, sans dégrader leurs revenus et leurs conditions de travail.

Effectué à la fin de la première période de confinement, ce travail préliminaire sera poursuivi afin de comprendre les impacts de la pandémie Covid-19 à plus long terme.

 

Source

Lire l'article publié le 26/02/2021 sur le site de l'Inrae.