17.11.2020

Santé publique : une recherche pluridisciplinaire et transversale

Sommaire

La recherche dans le domaine de la santé publique est au cœur de l’actualité depuis le début de la crise sanitaire de la Covid-19. Explications sur ce sujet avec Rodolphe Thiébaut, professeur de santé publique-biostatistiques à l’université de Bordeaux, directeur du département de recherche Santé publique de l'université de Bordeaux et directeur adjoint du centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH - Inserm et université de Bordeaux).

A quoi sert exactement la recherche dans le domaine de la santé publique ?

La recherche en santé publique a pour objectif d’améliorer la santé et le bien-être des populations. Elle étudie l’influence des déterminants de santé (qu’ils soient biologiques, comportementaux, sociaux ou environnementaux) en s’appuyant en particulier sur des outils tels que les cohortes, les essais cliniques et les bases de données. L’objectif est d’utiliser ces connaissances pour proposer des interventions et des politiques fondées sur des preuves scientifiques. Pluridisciplinaire et transversale, la recherche dans ce domaine fait appel à l’épidémiologie, aux sciences des données, aux sciences humaines et sociales appliquées à la santé, à la biologie, à la génétique, à la toxicologie… En santé publique, nous raisonnons à l’échelle d’une population, plus ou moins vaste selon l’objet de la recherche.
C’est un travail de longue haleine, mais ces derniers temps le rythme s’est accéléré…

 

Justement, comment s’est organisée la recherche à l’université de Bordeaux autour de la Covid-19, objet de la recherche du moment ?

Nous n’avons jamais vu autant d’épidémiologistes qu’en ce moment ! Cette crise sanitaire a été une opportunité incroyable pour les chercheurs des laboratoires de l’université de Bordeaux de se mobiliser ensemble, en particulier au sein du département de Santé publique que je dirige et du centre de recherche Bordeaux population Health. Tous se sont demandés comment apporter leurs expertises pour lutter contre cette pandémie quels que soit les domaines de compétences ou les thématiques de recherche. Chacun a réfléchi à la manière d’adapter ses méthodes au cas d’usage « Covid-19 » !  Nous avons recensé tous les projets, les possibilités. Tout s’est accéléré et pendant trois mois, nous n’avons pas beaucoup dormi…. Il y a eu un effet levier, une véritable synergie s’est produite et nous a permis d’être particulièrement réactifs.

 

Comment et par quoi cette synergie s’est-elle concrétisée ?

Cette situation de crise sanitaire prouve la pluralité de notre recherche et notre capacité d’adaptation.
Dans un premier temps, nous avons travaillé sur l’épidémie elle-même, observé sa dynamique et les facteurs qui favorisent la diffusion du virus et enfin analysé les données. Les résultats sont là.
Des projets à plus long terme se sont également profilé avec agilité à l’instar de l’essai Coverage qui illustre bien cette capacité d’adaptation. Xavier Anglaret, spécialiste en médecine interne, épidémiologiste et directeur de l’équipe « maladies infectieuses dans les pays à ressources limitées » au sein de BPH   a focalisé ses compétences sur la métropole bordelaise et la Covid-19… Avec le professeur Denis Malvy, infectiologue et responsable de l’unité de maladies tropicales au CHU de Bordeaux, ils ont lancé cet essai original dès avril 2020 auprès de patients âgés de plus de 65 ans présentant une infection symptomatique au virus SARS-COV2. L’objectif est d’évaluer la tolérance de plusieurs traitements afin de diminuer le risque d’hospitalisation et ou de décès. Coverage permet également d’expérimenter des modalités d’implication des médecins de ville engagés dans la recherche clinique dans un continuum entre laboratoires de recherche publique et hôpital. L’essai est devenu aujourd’hui une plateforme nationale pour l’évaluation des traitements dans cette indication. Autre exemple avec Stéphanie Debette, professeur d’épidémiologie à l’université de Bordeaux et neurologue, également directrice de l’équipe « épidémiologie intégrative et génétique du vieillissement cérébral et vasculaire » de BPH dont les recherches portant généralement sur les déterminants de maladies vasculaires et neurologiques liées à l’âge se sont transposées à la Covid-19. Son projet MA-Covgen s’intéresse à la recherche de facteurs génétiques pouvant expliquer la grande variabilité du risque d'infection par SARS-COV2 ainsi la grande variabilité de la gravité de l'infection dans la population.
Bien d’autres projets ont été mis en place et sont en cours dans de nombreux domaines.
A plus long terme, les recherches concernant le développement de nouvelles molécules aboutiront entre deux et cinq ans. Idem pour les vaccins, car si l’arrivée de certains est imminente, de nombreux autres sont encore en phase de recherche….

 

Source

Lire l'article publié le 17/11/2020 sur le site de l'Université de Bordeaux