10.12.2020

À vue de nez : C’est quoi l’anosmie ?

Avant, lorsqu’on avait un gros rhume, on « ne sentait plus rien ». Désormais, on sait qu’on souffre d’« anosmie doublée d’agueusie » : la Covid-19 nous aura permis d’enrichir notre vocabulaire ! Mieux encore, elle fait avancer la recherche sur les troubles de l’odorat et du goût, des symptômes pas si anodins que ça.

La perte de l’odorat : c’est tout simplement ça l’anosmie ! Et comme ce sens est indispensable pour bien discerner la saveur de nos aliments, elle est souvent accompagnée d’une perte du goût que les scientifiques nomment « agueusie ». S’il s’agit de symptômes fréquemment ressentis par les personnes atteintes de la Covid-19, on les retrouve associés à d’autres maladies, à commencer par le banal rhume. Mais attention, les mécanismes en jeu ne sont vraisemblablement pas les mêmes dans ces deux situations.

Lorsqu’un virus classique s’attaque à nos voies respiratoires supérieures ou à nos sinus, il provoque un gonflement des muqueuses, voire un écoulement de sécrétions : en bref, on a le nez bouché et les molécules odorantes ne peuvent y pénétrer pour atteindre nos récepteurs olfactifs. Dès lors, on ne sent rien. Mais dans le cas de la Covid-19, beaucoup de patients anosmiques ont le nez parfaitement dégagé : le problème est donc différent.

Les scientifiques se sont tout d’abord demandé si le SARS-CoV-2 était capable d’infecter et de détruire les neurones sur lesquels se situent nos récepteurs olfactifs. Mais non : ces neurones ne présentent pas d’ACE2, la protéine nécessaire à leur infection par le nouveau coronavirus. En revanche, ACE2 est bien détectée à la surface des cellules qui les entourent et les soutiennent. L’infection de ces cellules de soutien est donc probablement responsable de l’anosmie associée à la Covid-19 : elle provoquerait une inflammation dans l’environnement des neurones olfactifs, qui rendrait ces derniers inaccessibles aux molécules odorantes et finirait même par les endommager. Ce mécanisme expliquerait aussi pourquoi l’anosmie dure parfois plus longtemps que la Covid-19 proprement dite : une fois débarrassé du virus, l’organisme doit encore remplacer les neurones olfactifs abimés au cours de l’infection par de nouveaux, générés à partir d’un stock de cellules souches.

L’anosmie est donc bénigne et presque toujours réversible. Néanmoins, tant qu’elle est présente, elle peut considérablement altérer la qualité de vie. Une perte de l’odorat a des répercussions sur la façon dont on se nourrit, sur nos relations sociales et même sur la perception de certains dangers. Une équipe* du Centre de recherche en neurosciences de Lyon étudie ces impacts et leur retentissement sur la santé. Elle s’attèle aussi au développement de protocoles pour quantifier les pertes d’odorat et aider les patients à récupérer leurs sensations. Elle propose même un mini-site d’information à ceux qui veulent en savoir plus sur l’odorat et ses troubles.

Et si vous vivez actuellement une baisse de l’odorat, notamment en lien avec la Covid-19, vous pouvez aider les chercheurs à faire progresser leurs travaux en répondant à une enquête en ligne.

*équipe Neuropop, Centre de recherche en neurosciences de Lyon (unité 1028 Inserm/CNRS/Université Lyon 1/Université Jean Monnet Saint-Étienne)

 

 

Pour aller plus loin

Ce que l'on sait sur l’anosmie : synthèse récente de la littérature scientifique (en anglais).

Ce qu’on sait à ce jour sur la Covid-19 : le dossier d'inserm.fr

 

Source

Lire l'article publié le 10/12/2020 sur le site de l'Inserm